Le temps serait-il devenu la chose la plus convoitée ? Je parle ici de chronologie, pas de météo. Le temps qui nous sépare d’un instant, version compte à rebours, ou qui nous en éloigne, le souvenir. Le temps efface, arrange, aggrave parfois. On ne le façonne pas ; il nous façonne, nous voue inexorablement à le compter. Et ce temps, au fil des ans, prend une signification sans cesse en mouvement. Trop long dans nos jeunes années, on n’en perd pas une miette un peu plus tard dans la vie. Le temps, on en manque, de plus en plus. C’est une denrée rare, exclusive. Avoir le temps de faire les choses que l’on désire, voir ses amis, sa famille … passer du temps avec eux, sans le compter. Le gérer est devenu complexe, avec en filigrane l’estimation permanente du temps d’un rendez-vous, pire d’uns discussion, d’un trajet devenu plus coûteux en temps qu’en production. Alors tout est organisé pour que l’on en gagne, du temps. A coups de technologies qui nous présentent ce leurre. Mais tout cela, on ne le voit pas passer, jusqu’au jour où quelque chose dans sa vie change ; et là, tout s’arrête. On regarde derrière, on voit avec quelle ironie le temps nous a tout pris, parfois jusqu’à l’amour. C’est là que le retard prend toute son importance. Sa signification. Ces quelques mois passés dans une ambiance de résignation face aux imprévus nous a appris au moins cela : rien n’est plus précieux. Ce temps passé à attendre des avions, trains ou simplement un message, un appel qui ne vient pas, résonne comme une pendule qui nous guette. Comme une machine qui a déraillé, et que l’on soupçonne d’avoir fait son temps. Il faut juste l’observer. Et ce temps là, celui de l’observation, n’est pas perdu. C’est celui-là le plus précieux. Il nous fait aimer la vie, et nous apprend à en accepter la mesure.

mesures du temps, Jacques Alos

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